Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/74

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Le parc n’en est pas moins un endroit dés- agréable. Les allées serpentent dans le bois taillis, les touffes d’arbres retombent dans la rivière. On entend l’eau couler, on sent la bonne odeur des feuilles. Si nous avons été irrités du mauvais goût qui s’y trouve, c’est que nous sortions de Clisson qui est d’une beauté si solide et si simple, et puis que ce mauvais goût, après tout, n’est plus notre mauvais goût à nous autres. Mais d’ailleurs, qu’est- ce donc que le mauvais goût? N’est-ce pas inva- riablement le goût de l’époque qui nous a pré- cédés. Tous les enfants ne trouvent-ils pas leur père ridicule? Le mauvais goût du temps de Ron- sard, c’était Marot; du temps de Boileau, c’était Ronsard; du temps de Voltaire, c’était Corneille, et c’était Voltaire du temps de Chateaubriand que beaucoup de gens, à cette heure, commencent à trouver un peu faible. O gens de goût des siècles futurs, je vous recommande les gens de goût de maintenant. Vous rirez un peu de leurs crampes d’estomac, de leurs dédains superbes, de leur prédilection pour le veau et pour le laitage et des grimaces qu’ils font quand on leur sert de la viande saignante et des poésies trop chaudes.

Comme ce qui est beau sera laid, comme ce qui est gracieux paraîtra sot, comme ce qui est riche semblera pauvre, nos délicieux bou- doirs, nos charmants salons, nos ravissants cos- tumes, nos intéressants feuilletons, nos drames palpitants, nos livres sérieux, oh ! oh! comme on nous fourrera au grenier, comme on en fera de la