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FABLES DE FLORIAN 9
- Un amateur d’oiseaux avait, en grand secret,
- Parmi les œufs d’une serine
- Glissé l’œuf d’un chardonneret.
- La mère des serins, bien plus tendre que fine,
- Ne s’en aperçut point, et couva comme sien
- Cet œuf qui dans peu vint à bien.
- Le petit étranger, sorti de sa coquille,
- Des deux époux trompés reçoit les tendres soins,
- Par eux traité ni plus ni moins
- Que s’il était de la famille.
- Couché dans le duvet, il dort le long du jour
- A côté des serins dont il se croit le frère,
- Reçoit la béquée à son tour,
- Et repose la nuit sous l’aile de la mère.
- Chaque oisillon grandit, et, devenant oiseau,
- D’un brillant plumage s’habille ;
- Le chardonneret seul ne devient point jonquille,
- Et ne se croit pas moins des serins le plus beau.
- Ses frères pensent tout de même :
- Douce erreur qui toujours fait voir l’objet qu’on aime
- Ressemblant à nous trait pour trait !
- Jaloux de son bonheur, un vieux chardonneret
- Vient lui dire : il est temps enfin de vous connaître ;
- Ceux pour qui vous avez de si doux sentiments
- Ne sont point du tout vos parents.
- C’est d’un chardonneret que le sort vous fit naître.
- Vous ne fûtes jamais serin : regardez-vous,
- Vous avez le corps fauve et la tête écarlate,
- Le bec... oui, dit l’oiseau, j’ai ce qu’il vous plaira ;
- Mais je n’ai point une âme ingrate,
- Et mon cœur toujours chérira
- Ceux qui soignèrent mon enfance.
- Si mon plumage au leur ne ressemble pas bien,
- J’en suis fâché ; mais leur cœur et le mien
- Ont une grande ressemblance.
- Vous prétendez prouver que je ne leur suis rien,
- Leurs soins me prouvent le contraire :
- Rien n’est vrai comme ce qu’on sent.
- Pour un oiseau reconnaissant
- Un bienfaiteur est plus qu’un père.