Page:Furetière - Le Roman bourgeois.djvu/132

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dont les plus ingenuës se tirent quelquefois assez bien, parce que cela ne consiste d’ordinaire qu’en une profonde reverence, et en un petit galimatias qu’on prononce si bas qu’on ne l’entend point, Hyppolite, qui n’aymoit que les entretiens sçavans, esloigna bientost ces discours communs qui se font dans les visites ordinaires. Elle se plaignit de Laurence, qui avoit commencé à parler des nouvelles de la ville et du voisinage, luy disant que cela sentoit sa visite d’accouchée33, ou les discours de commères, et que parmy le beau monde il ne falloit parler que de livres et de belles choses. Aussi-tost elle se jetta sur la fraipperie de plusieurs pauvres autheurs, qui sont les premiers qui ont à souffrir de ces fausses pretieuses, quand cette humeur critique les saisit. Dieu sçait donc si elle les ajusta de toutes pièces. Mais dispensez-moy de vous reciter cet


33. Pendant le temps de leurs couches, les bourgeoises avoient coutume de recevoir toutes les visites des voisines. Leur lit étoit paré pour cela, et surmonté d’un pavillon qu’on n’étendoit que dans ces occasions. Je vous revois, dit Coulanges (Chansons choisies, 1694, in-12, p. 72),

Je vous revois, vieux lit si chéri de mes pères,
Je vous rOù jadis toutes mes grand’s mères,
Lorsque Dieu leur donnoit d’heureux accouchements,
De leur fécondité recevoient compliments.

Ces compliments étoient bavards, et, à la longue, tournoient au commérage. On en fit le texte de petits pamphlets bourgeois parus successivement, au nombre de huit, en 1623. En 1624 on fit une édition collective de toutes ces pièces, sous le titre de Recueil général des caquets de l’accouchée… 1624, pet. in-12. D’autres pièces du XVIIe siècle portent le même titre.