Page:Fustel de Coulanges - La Cité antique.djvu/264

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qu’une cérémonie expiatoire l’aura mis en paix avec les dieux*.

Il ne sort de sa maison que du pied droit. Il ne se fait couper les cheveux que pendant la pleine lune. Il porte sur lui des amulettes. Contre l’incendie, il couvre les murs de sa maison d’inscriptions magiques. Il sait des formules pour éviter la maladie, et d’autres pour la guérir; mais il faut les répéter vingt^sept fois et cracher à chaque fois d’une certaine façon *.

Il ne délibère pas au Sénat, si les victimes n’ont pas donné les signes favorables. Il quitte l’assemblée du peuple, s’il a entendu le cri d’une souris. Il renonce aux desseins les mieux arrêtés, s’il a aperçu un mauvais présage ou si une parole fu- neste a frappé son oreille. Il est brave au combat, mais à con- dition que les auspices lui assurent la victoire.

Ce Romain que nous présentons ici n’est pas l’homme du peuple, l’homme à l’esprit faible que la misère et l’ignorance retiennent dans la superstition. Nous parlons du patricien, de l’homme noble, puissant et riche. Ce patricien est tour à tour guerrier, magistrat, consul, agriculteur, commerçant; mais partout et toujours il est prêtre et sa pensée est fixée sur les dieux. Patriotisme, amour de la gloire, amour de l’or, si puissants que soient ces sentiments sur son âme, la crainte des dieux domine tout, Horace a dit le mot le plus vrai sur le Romain : c’est en redoutant les dieux qu’il est devenu le maître de la terre,

Dis te miaorem quod geris, ïmperas.

On a dit que c’était une religion de politique. Mais pouvons-nous supposer qu’un sénat do trois cents membres, un corps de trois mille patriciens se soit entendu avec une telle unanimité pour tromper le peuple ignorant? et cela pendant des siècles, sans que, parmi tant de rivalités, de luttes, de haines

1. Tite-Live, XXIV, 10 ; XXVII, 4 ; XXVIH, U, et alias paasim.

2. Voyez, entre autres, les formules que donnent Caton, De re rust., 160, et Varron. De re rust., II, i; I, 37. Cf. Pline, //. n., XXVIII, 2-5 (4-23). — La loi des Douze Tables punit l’homme qui frugea excantassit (Pline, XXVIII, 2, 17 ; Servius, ad Eologa; VIII, »9; cf. Gicéroo, De rep., IV, lo).