Page:Fustel de Coulanges - La Cité antique.djvu/324

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en ce temps-là et était en contradiction avec la nature du droit de propriété*. Dans ces débiteurs dont Plutarque nous parle, il faut voir les anciens serviteurs ; dans leurs dettes, la redevance annuelle qu’ils doivent payer aux anciens maîtres; dans la servitude où ils . tombent, s’ils ne payent pas, l’ancienne clientèle qui les ressaisit.

Solon supprima peut-être la redevance, ou, plus probablement, en réduisit le chiffre à un taux tel que le rachat en devînt facile; il ajouta qu’à l’avenir le manque de payement ne ferait pas retomber l’homme en servitude.

Il fit plus. Avant lui, ces anciens clients, devenus possesseurg du sol, ne pouvaient pas en devenir propriétaires : car sur leur champ se dressait toujours la borne sacrée et inviolable de l’ancien patron. Pour rafîranchissement de la terre et du cultivateur, il fallait que cette borne disparût. Solon la renversa : nous trouvons le témoignage de cette grande réforme dans quelques vers de Solon lui-même : « C’était une œuvre inespérée, dit-il ; je l’ai accomplie avec l’aide des dieux. J’en atteste la déesse mère, la Terre noire, dont j’ai en maints endroits arraché les bornes, la terre qui était esclave et qui maintenant est libre. » En faisant cela, Solon avait accompli une révolution considérable. Il avait mis de côlé l’ancienne religion de la propriété qui, au nom du dieu Terme immobile, retenait la terre en un petit nombre de mains. Il avait arraché la terre à la religion pour la donner au travail. Il avait supprimé, avec l’autorité de l’eupatride sur le sol, son autorité sur l’homme, et il pouvait dire dans ses vers : « Ceux qui sur cette terre subissaient la cruelle servitude et tremblaient devant un maître, je les ai faits libres ».

Il est probable que ce fut cet affranchissement que les contemporains de Solon appelèrent du nom de atKtayfiiia. (secouer le fardeau). Les générations suivantes qui, une fois habituées à la liberté, ne voulaient ou ne pouvaient pas croire que leurs

1. La propriété appartenait encore à la famille plutôt qa’à la personne. C’est plus tard qae le droit de propriété est devenu un droit individuel. Alors seulement l’hypothèque a pu être usitée; encore ne s’est-elle ictrodoite daai le droit albtaiea que par l« détoar de la vente à condition de rachat