Page:Fuster - Sonnets, 1887-1888.djvu/4

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


LA NEIGE


La neige tombe, errant sur les plaines glacées,
Couvrant les bois séchés de son doux linceul blanc,
Arrêtant les ruisseaux qui pleurent, et voilant
Les arbres abattus et les feuilles froissées.

Dans ce cœur, qui souffrait des souffrances passées
Et qui croyait mourir de son mal sûr et lent,
L’oubli tombe déjà, paisible, consolant,
Et fait taire l’angoisse atroce des pensées.

Pauvre arbre déjà froid, pauvre arbre morne et seul,
La neige t’a couvert de ton dernier linceul,
Cachant tes rameaux morts et ta tête courbée.

Triste cœur que l’amour froissait, voici l’oubli :
Sur tout ce qui resta d’un rêve enseveli
La neige indifférente et muette est tombée.



LA TACHE DE SANG


Près du noir chemin creux où tremble le passant,.
La maison délabrée a l’air féroce et louche,
Et, sous la pourpre en feu du soleil qui se couche,
Un reflet rouge et fauve y glisse en frémissant.

Dans la chambre déserte où le reflet descend,
Tout dort enseveli, morne, effrayant, farouche :
Seulement on peut voir, quand la lumière y touche,
Vivant aveu du crime, une tache de sang.

Tel ce cœur déjà froid. Comme dans la chaumière
Où tombe par hasard un rayon de lumière,
Un rayon de tendresse y tombe quelque jour.

Mais il ne trouve plus, dans ce cœur rempli d’ombre,
Où mourut tristement un douloureux amour,
Qu’une tache de sang, noire, muette et sombre.