Page:Fuster - Sonnets, 1887-1888.djvu/8

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À DON JUAN


Bien des hommes t’ont plaint, ô Don Juan ! Ils ont dit
L’amère Volupté qu’on trouvé dans l’ivresse,
Les frissons d’épouvante auprès d’une maîtresse
Et la vague terreur de se sentir maudit.

Mais non. Jamais ton cœur ne s’étant repenti,
Tu vas, émerveillant la foule qui s’empresse ;
On adore à genoux ta grâce enchanteresse,
Et tu ne souffres pas, — et ces gens ont menti.

D’autres ont le secret de la douleur humaine.
Ah ! tu n’as jamais su ce qu’il roule de haine
Dans les cœurs torturés auxquels nul ne répond !

Et je voudrais, vois-tu, charmeur exquis des âmes,
Ô doux rêve vivant des songeurs et des femmes,
Être aimé comme toi, pour pouvoir être bon !

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EN FACE


Dès son majestueux et paisible réveil,
Dès les pâles rayons de l’aurore première,
Le soleil monte, à flots nous versant la lumière,
Faisant rouler du feu dans l’abîme vermeil.

Au milieu des déserts qui dorment leur sommeil,
Debout sur la colonne, auprès des sphinx de pierre,
Plus d’un stylite fou s’est brûlé la paupière
À défier la flamme ardente du soleil.

Mon soleil, c’est l’amour. Quand il monte dans l’âme,
On n’ose contempler l’infini qu’il enflamme
Plus vaste mille fois que le désert des cieux.

Mais je veux, enivré de lumière et d’aurore,
Le bravant, ce soleil qu’on fuit et qu’on adore,
Le regarder en face, et m’y brûler les yeux.

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