Page:Gautier - Le Second Rang du Collier.djvu/15

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.

nette, la cuisinière, qui formaient avec nous une ligue contre l’ennemi commun. Nous n’avions cependant aucune haine contre l’institutrice, pas méchante du tout et qui s’efforçait d’être agréable ; mais il était entendu, d’abord qu’elle nous opprimait, ensuite quelle nous dégoûtait. Ce parler nasillard, qui était son signe distinctif, nous préoccupait beaucoup. Nous avions entendu dire qu’il était causé par la présence, dans son nez, d’un polype. De vagues notions zoologiques nous donnaient à penser que le polype était un animal, très vilain et très effrayant, et nous nous attendions à le voir s’échapper, un jour, du nez bourbonnien qui lui servait de caverne. La sensible Marianne surtout était impressionnée, au point qu’elle mettait des gants pour faire le lit de mademoiselle.

Inspirer le respect, était cependant une des prétentions de Mlle Huet et nous nous efforcions d’être polies. Quelquefois, pourtant, après nous être longtemps contraintes, ma sœur et moi, nous pouffions de rire, au milieu de la leçon, parce que Honorine, au retour de quelque course, avait oublié, en ôtant son chapeau, de retirer son tour-de-tête !… C’était une affreuse ruche de tulle qui, en ce temps-là, se plaçait sous les capotes pour encadrer coquettement le visage ; elle était ordinairement cousue au chapeau, mais souvent aussi indépendante ; on la posait alors autour de la figure en l’attachant sous le menton par un petit ruban,