Page:Gautier - Le Second Rang du Collier.djvu/16

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puis on mettait le chapeau, et cela se rejoignait tant bien que mal. Mlle Huet oubliait toujours de retirer son tour-de-tête et cela nuisait beaucoup à son prestige ; elle traînait, comme toujours, des robes très longues, en dandinant sa vaste corpulence et en redressant la tête d’un air digne ; mais la diable de ruche, derrière laquelle les oreilles s’étalaient, larges et rougies, lui donnait l’air d’une poule effarée, et notre respect s’éparpillait sous le fou rire.

— Té ! mon tour-de-tête !… s’écriait Honorine, en l’enlevant d’un mouvement brusque, il n’y a pas tant de quoi rire.

Mon père, lui, qui n’aimait guère la contrainte, ni les règlements sévères, se tenait à quatre pour ne pas être de notre parti et garder son sérieux, quand nous répétions quelque sentence péremptoire de mademoiselle, en imitant son accent marseillais. Cependant il lui fallait bien soutenir l’autorité et affirmer les bienfaits de la discipline.

Même nos jeux étaient surveillés ; Mlle Huet croyait peut-être les rendre plus attrayants en y prenant part.

Notre jouet de prédilection était un théâtre, dans lequel s’enrôlait une troupe toujours grossissante de poupées à ressorts. Honorine feignait de s’intéresser beaucoup aux folles pièces que nous improvisions. Tout en faisant des trous au poinçon dans sa broderie anglaise, tendue sur une bande