Page:Gautier - Le Second Rang du Collier.djvu/17

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de toile cirée verte ; elle écoutait, critiquait, donnait des conseils et s’efforçait de nous diriger vers un art théâtral moralisateur et instructif : l’histoire de France ; les héros célèbres ; des résumés des tragédies classiques. Mais nous préférions de beaucoup les évocations des contes de Perrault ou les échos fantaisistes du répertoire italien. Pourtant, un jour, elle nous suggéra une idée, qui nous séduisit tout de suite et dont la réalisation nous occupa longtemps. Il s’agissait de faire une surprise à notre père, en tirant une pièce d’un de ses romans pour la jouer sur notre théâtre.

Le choix s’arrêta sur Avatar, dans lequel Mlle Huet découpa un scénario rapide. Je ne me souviens guère de ce que furent les mérites de cette adaptation. J’ai retenu seulement que, afin d’être plus pittoresque, au lieu du vêtement moderne, on adopta le costume du temps de Henri III, pour les poupées, ce qui permit de leur poser sur l’épaule un petit manteau de velours et de leur attacher au côté une petite épée taillée dans une allumette. L’Avatar des âmes, entre les deux héros, se faisait au moyen de deux houppettes d’ouate, attachées chacune à un fil, trempées dans l’alcool et enflammées, ce qui nous parut admirable.

Mon père, le monocle à l’œil, écouta la pièce avec beaucoup de patience et mit une complaisance charmante à s’émerveiller. Il complimenta Honorine sur l’ingéniosité de l’adaptation, bien qu’elle