Page:Gautier - Le Second Rang du Collier.djvu/21

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Le comte d’Ourch accueillait, le plus souvent, Mlle Huet par le récit d’aventures extraordinaires, dites avec des éclats de voix retenus, des mines effarées et de longs points d’exclamations.

— Eh bien, il y en a de bonnes ! s’écriait-il dès notre entrée, en s’agitant sur son fauteuil, où souvent le clouait la goutte. Regardez mon bahut en chêne sculpté… Qu’en dites-vous ?…

— Je ne vois rien, disait Mlle Huet.

— Vous ne voyez rien ? Il est fendu en zig-zag, regardez, on dirait la foudre. Des esprits forcenés se sont battus là-dedans cette nuit, frappant des coups à réveiller tout le quartier. Ils m’en veulent, mais je les ai domptés, ils n’ont pas pu sortir.

Ou bien c’était pire encore. Étant couché il avait été enlevé avec son lit jusqu’au plafond ; le chevet était allé écorner les moulures, puis brusquement on l’avait laissé retomber.

Nous écoutions ces histoires bouche bée, regardant, en dessous, Mlle Huet pour voir si elle y croyait. L’expression enthousiaste de sa noble figure nous impressionnait.

On nous conduisait alors dans le salon, où l’on maintenait toujours une obscurité presque complète ; le comte nous faisait asseoir devant une table, en nous recommandant de poser dessus nos mains étendues, de ne pas bouger et de nous taire ; puis il s’en allait échanger de mystérieuses confidences avec Mlle Huet.