Page:Gautier - Le Second Rang du Collier.djvu/24

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Les nouvelles de Nice, qui avaient d’abord été joyeuses et agréables, devenaient depuis quelque temps assez inquiétantes.

Mon père ne nous communiquait plus les lettres que ma mère lui écrivait. Il nous disait seulement qu’elle se portait bien et nous embrassait, en nous recommandant de ne pas tracasser le chat et ne pas faire peur aux oiseaux. De son côté, Honorine paraissait soucieuse et ne soufflait mot des nouvelles qu’elle recevait de sa mère et de sa sœur.

Un jour, l’adresse de ma mère, à Nice, changea. Le ménage, là-bas, était disloqué.

Que s’était-il passé ? rivalité d’artistes ?… incompatibilité d’humeur ?… la vivacité méridionale et la violence italienne, avaient-elles amené un choc ?…

Jamais nous n’avons su exactement ce qui était arrivé. Jusqu’au retour de ma mère, Honorine continua à nous diriger et à s’occuper du ménage ; elle déménagea quelques jours avant l’arrivée, emporta Gil Blas de Santillane et le bengali, puis reprit l’habitude de venir le matin, pour s’en retourner le soir.

Seulement, entre elle et ma mère on sentait la situation tendue. Elles s’évitaient le plus possible, ne se parlaient pas, sans laisser échapper des mots aigres, des allusions rancuneuses ; et la contrainte résignée de l’institutrice se traduisait pour nous en exigences plus aiguës et en sévérité plus solennelle.