Page:Gautier - Le Second Rang du Collier.djvu/34

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qui apparaît comme un tunnel de chemin de fer, au bout d’une allée, à droite de l’escalier, là où finit le talus. Nous nous approchons ; mais il fait bien noir là-dessous, nous n’osons pas risquer une exploration. D’ailleurs, on nous rappelle en haut : mon père, qui était resté à Paris pour surveiller la seconde escouade de déménageurs, vient d’arriver.

Dans la salle à manger, le buffet et la table sont déjà installés, le couvert est mis.

Elle n’est pas bien grande, cette salle, que je n’ai pas regardée tout à l’heure. Du plancher à mi-hauteur, une boiserie peinte, d’un ton sanguinolent qui veut imiter l’acajou, revêt les murs ; deux fenêtres donnent sur la cour, très proches l’une de l’autre ; à droite de la porte vitrée, dans un pan coupé qui forme niche, un poêle ; à gauche, le pan coupé est rempli par deux placards superposés.

Mon père s’assied à table, à la place qu’il occupera toujours désormais, entre les deux fenêtres ; le dossier de sa chaise touche presque le mur.

— Ma foi, dit-il, je ne suis pas fâché de m’asseoir, depuis ce matin que je suis debout !… Les tibias me sortent par les yeux.

Il a l’air, en effet, très las, et surtout triste.

— Père, qu’est-ce que tu as ?… tu n’es pas content ?…

— D’abord, je suis moulu, farci de poussière, et ensuite, dépaysé, désorienté, hors de mon assiette. J’ai horreur des bouleversements et de