Page:Gautier - Le Second Rang du Collier.djvu/39

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ces bonshommes-là ? » Eh bien, moi, je vous connais : voilà Judith, et voilà Estelle.

Il rit, découvrant des dents très blanches, un peu projetées en avant. Puis il se replonge dans son mutisme, la tête baissée, les sourcils froncés, ses yeux, d’un bleu mat, regardant comme sans voir.

Tout à coup, il les lève vers nous et nous jette cette question saugrenue :

— Savez-vous renifler ?

Nous croyons avoir mal entendu, mais il ajoute, en riant de notre stupéfaction :

— C’est très utile, quand on a oublié son mouchoir.

— Je ne sais pas, moi ! dit ma sœur, d’un air narquois ; comment fait-on ?

— Comme ça !…

Nous tournons le dos à ces messieurs, décidément bien singuliers.

— Faites-nous voir le rez-de-chaussée, dit le personnage brun de sa voix de basse.

Nous montons les deux marches, qui précèdent la porte vitrée, pour leur montrer la route.

La salle à manger n’a plus l’air si petite, maintenant que les rideaux drapent les fenêtres, que l’or des cadres rit sur les murs, et que les peintures y creusent des profondeurs. À travers les glaces du buffet, reluit une très belle argenterie ancienne : plateaux, théière, hanaps, coupes,