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mon ami spontanément ; il se l’assimilait de telle sorte qu’il n’y avait pas un fil de cette trame spirituelle, pas la moindre allusion aux rapports les plus cachés, qui lui eût échappé, qu’il n’eût ressentie de la façon la plus subtile. Ainsi il ne s’agissait plus que de juger aussi rigoureusement que possible les moyens techniques d’expression du chanteur, du musicien et du mime, afin d’obtenir une concordance parfaite entre les dons personnels de l’artiste, leur particularité et l’objet idéal de l’interprétation. Ceux qui furent témoins de ces études pourront affirmer n’avoir jamais assisté à une pareille entente artistique et amicale. C’est seulement au sujet du troisième acte de Tristan que je n’ai jamais rien dit à Schnorr, — sauf la précédente explication du seul passage qu’il n’avait pas compris. — Après avoir prêté l’attention la plus soutenue aux répétitions du premier et du second acte, je me détournais involontairement, dès le troisième acte commencé, du héros blessé à mort, pour m’absorber en moi-même, immobile sur mon siège, les yeux à demi fermés. Comme je ne me tournais jamais vers lui, même aux accents les plus véhéments de cette formidable scène, comme je ne faisais pas un mouvement, Schnorr parut intimidé par la durée insolite de mon insensibilité apparente ; mais lorsque enfin, après la malédiction de l’amour, je me levai en chancelant, lorsque penché, en une violente étreinte, vers cet ami merveilleux, qui persistait à rester étendu sur sa couche, je lui dis à voix basse qu’il m’était impossible d’exprimer aucun jugement sur mon idéal désormais réalisé par lui, alors son œil sombre étincela comme l’étoile d’amour… Un sanglot à peine perceptible, et plus jamais nous ne prononçâmes un mot au sujet de ce troisième acte.