Page:Genoude - Les Pères de l'Eglise, vol. 1.djvu/104

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triompha avec Vespasien, son père, on porta devant lui la table, le chandelier d’or à sept branches, les vaisseaux sacrés, le livre de la loi et les rideaux de pourpre du sanctuaire. Plus tard, ce furent les prisonniers de la nation juive qui bâtirent de leurs mains le Colysée, où devaient périr les Chrétiens : singulière destinée de ce peuple, qui préparait tous les triomphes du Christianisme en se faisant bourreau du Christ et des Chrétiens !

Remarquons-le avec un ancien écrivain, jamais on n’ouït parler d’une désolation aussi éclatante accomplie en si peu de temps. Dieu, pour rappeler les Juifs à leur devoir quand ils s’en étaient écartés, leur avait fait éprouver les rigueurs des puissances étrangères. Ils avaient souffert huit ans la domination de Chusan, roi de Syrie ; dix-huit ans celle d’Églon, roi de Moab ; vingt ans celle de Jabin, roi de Chanaan ; sept ans celle des Madianites ; dix-huit ans celle des Ammonites, quarante ans celle des Philistins. À chacune de ces disgrâces, Dieu, qui les regardait alors comme ses enfants, leur suscitait avec un soin paternel autant de libérateurs : les Othonel, les Jephté, les Gédéon, le Samson. Le plus sévère et le plus long de ces châtiments fut celui que Dieu exerça par Nabuchodonosor et par les rois ses successeurs, durant soixante-dix ans. Mais, quelque terrible qu’il fût par sa durée et sa rigueur, par la désolation de la ville, le renversement du temple et le transport de la nation dans un pays étranger, quelle comparaison de cette captivité de soixante-dix ans à dix-huit cents ans de misères, à la désolation présente ! Ils conviennent que c’était Dieu qui autrefois les mettait sous le joug des Chananéens, des Assyriens, des Philistins. « Est-ce maintenant, demande saint Chrysostôme, un autre Dieu qui les tient opprimés sous le poids de son courroux ? Et si ce Dieu vengeur leur paraissait juste alors dans les châtiments passagers dont il punissait leurs crimes, oseront-ils l’accuser d’injustice et de cruauté dans la longueur du supplice qu’ils endurent depuis la mort de Jésus-Christ ? Car à quel autre crime qu’à cette mort imputerait-on ces excès de sévérité inouïe ? Ce qui leur avait