Page:Genoude - Les Pères de l'Eglise, vol. 1.djvu/117

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lie ; bientôt la risée publique en fera justice. Pour qu’il réussît, il faudrait refondre la nature humaine, et certes la réforme du monde moral par les moyens que vous proposez est aussi impossible que la réforme de ce monde matériel ; et, plutôt que de croire au succès de votre entreprise, je croirais que vous pouvez d’un mot ébranler la terre et faire tomber du firmament le soleil et les étoiles.

« Nulle époque, dit un des orateurs chrétiens que nous avons perdus il y a peu d’années (M. Duval), n’offre une ressemblance plus frappante avec celle qui vit naître le Christianisme que l’époque où nous vivons. Alors aussi une doctrine s’était élevée qui ravissait à Dieu son existence, au monde son auteur, à l’homme son âme, son éternité, ses vertus ; et, avec l’indifférence pour toute religion, pour toute morale, elle finit, disent les auteurs païens, par entraîner la ruine de l’empire. Alors les excès du luxe, portés à leur comble, irritaient toutes les passions. Les fortunes étaient dévorées, la probité bannie du commerce ; l’intérêt personnel, les calculs infâmes de l’usure étaient les seules règles que l’on daignât consulter. Alors aussi l’honnêteté publique était hautement outragée, les mœurs corrompues dans la source, et, si l’on en croit l’histoire, les nœuds sacrés du mariage, devenus le jouet de l’inconstance et des passions, n’étaient plus qu’un engagement à des divorces nouveaux. C’est cependant au sein de cette corruption que se formèrent des âmes pures et presque divines. Et qu’on ne dise point que les premiers Chrétiens étaient des hommes choisis, qu’un naturel heureux ou les soins de l’éducation eussent préparés à tant de vertus ; ces préparations, la philosophie en avait besoin, la religion ne les attendait pas. La philosophie perfectionne quelquefois, la religion seule sait créer. Ils étaient de tous les caractères, de toutes les conditions, depuis les premiers officiers du palais et les frères mêmes des Césars, depuis les sénateurs et les consuls, jusqu’à l’esclave de Philémon. Ils étaient de tous les pays : le Grec philosophe et le Scythe barbare, l’Égyptien superstitieux et le sage Romain, le voluptueux Asiatique, le Germain belliqueux, le Celte sauvage, avaient, dès le premier siècle, embrassé la foi de Jésus-Christ. Dès lors la trompette évangélique s’était fait entendre, depuis le centre brûlant de l’Afrique jusqu’aux rives glacées du Nord ; et toutes ces Églises étaient établies sur la même forme, réglées par les mêmes lois, admirables par les mêmes vertus. Et cependant ils étaient nés dans la nuit la plus profonde, portés dès leur naissance aux autels des dieux infâmes. La pompe des spectacles corrupteurs, la licence de ces chants, où l’on ne célébrait que des aventures scandaleuses, tous les crimes consacrés par l’exemple imposant de leurs dieux : telle fut l’éducation de leurs enfants et la religion de toute leur vie