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mystère incompréhensible de l’incarnation du Verbe, qui nous a expliqué l’économie de la grâce, qui nous a fait le plan de la hiérarchie de l’Église de Jésus-Christ, qui nous a intimé ses lois, qui nous a développé ses sacrements. C’est pour cela que saint Chrysostôme appelle saint Paul le grand livre des Chrétiens.

Quand saint Paul arriva dans Rome, il était accompagné de saint Luc et d’Aristarque. On lui permit de demeurer avec le soldat qui le gardait et qui le suivait toujours attaché à lui par une chaîne. C’est ainsi que les Romains faisaient garder ceux qui n’étaient pas enfermés dans une prison.

Saint Paul assembla les Juifs qui vinrent en foule au lieu où il demeurait ; il en convertit quelques-uns, les autres restèrent dans l’endurcissement. Il leur déclara que, sur leur refus, les gentils recevraient la loi de grâce. Il demeura deux ans entiers à Rome, dans un logement qu’il avait loué, où il recevait tous ceux qui le venaient trouver, enseignant la doctrine de Jésus-Christ sans obstacle. Saint Luc, son disciple, prêcha l’Évangile en Dalmatie, en Gaule, en Italie, en Macédoine. Il vécut jusqu’à quatre-vingt-quatre ans, et mourut à Patras en Achaïe, où André avait été crucifié.

Quand on lit les lettres de saint Paul aux Romains et qu’on se rappelle la corruption de Rome, on comprend la grandeur de tout ce qui se faisait alors, et l’on voit la main de Dieu changeant le monde, miracle au-dessus de tous les miracles. À Corinthe, dans une des villes les plus dissolues de l’univers, où il y avait un temple élevé à Vénus et plus de mille esclaves prostituées que les Corinthiens vouaient à la déesse, saint Paul parvint à établir la plus haute perfection ; et l’épître de saint Clément qui nous reste en est un magnifique témoignage. Dans la Galatie, à Thessalonique, à Éphèse, ce grand apôtre opéra les mêmes merveilles. Il est impossible de ne pas remarquer, dans l’épître de saint Paul à Philémon, le principe de l’abolition de l’esclavage[1]. Pendant que saint Paul était à Rome,

  1. En 1167, le pape Alexandre III déclara, au nom d’un concile, que tous les Chrétiens devaient être exempts de la servitude. « Cette loi seule,