Page:Genoude - Les Pères de l'Eglise, vol. 1.djvu/98

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ennemi de l’État par les sénateurs, il s’enfuit honteusement, et se tua dans la maison d’un de ses affranchis, à quatre milles de cette ville. Le courage lui manqua plusieurs fois ; il fut obligé d’emprunter le secours de quatre de ses affranchis qu’il avait emmenés avec lui, et ne se décida à se frapper que lorsqu’il entendit les cavaliers qui le cherchaient pour le conduire au supplice. Il mourut le jour même où il avait fait périr un an auparavant sa femme Octavia, fille de l’empereur Claude. Peu de jours après, Néron eut des temples comme un dieu : tant, à cette époque, la nature humaine était dégradée, et le sentiment du bien et du mal pour ainsi dire éteint ! Néron avait paru deux fois à la tribune romaine, pour faire l’éloge de Claude et celui de Poppée, sa femme, qu’il avait tuée dans un mouvement de colère et qu’il pleura ensuite amèrement.

En ces jours déplorables, où le pouvoir était dans les mains des hommes les plus pervers, les Chrétiens, à qui Jésus-Christ avait dit : Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, restaient soumis aux maîtres légitimes de l’empire ; mais en même temps ils prêchaient la vérité qu’il leur avait été ordonné de répandre. Tout en se soumettant au pouvoir temporel de Claude, parce que ce pouvoir était légitime, saint Pierre ne reconnaissait pas le sacerdoce dont Claude était revêtu. Aussi c’est à l’apparition des Chrétiens qu’il faut rapporter l’existence de la liberté véritable sur la terre, la liberté des enfants de Dieu. On a dit : il n’est personne qui ne puisse être gouverné, parce qu’il n’y a personne qui ne soit accessible à la crainte ou à l’espérance ; la religion de Jésus-Christ a créé des hommes inaccessibles à la crainte et à l’espérance terrestres, des hommes à qui les rois et les magistrats ne sauraient rien commander contre la conscience, mais qui obéissent par principe même de conscience à la puissance temporelle dans tout ce qu’elle ordonne de conforme à la loi de Dieu. C’est ainsi que se fonda ce royaume spirituel, création étonnante de la religion chrétienne, et qui n’a pas cessé de subsister depuis dix-huit siècles, au milieu de toutes les vicissitudes des empires.