Page:Gouges - L esclavage des noirs (1792).djvu/16

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ZAMOR

Moi, te laiſſer périr ! ah ! Dieux ! Eh ! pour­quoi me rappeller les vertus & les bontés de ce reſpectable Maître ? J'ai fait mon devoir au­près de lui : j'ai payé ſes bienfaits, plutôt par la tendreſſe d'un fils, que par le dévouement d'un eſclave. Il me croit coupable, & voilà ce qui rend mon tourment plus affreux. Il ne ſait point quel monſtre il avoit honoré de ſa confiance J'ai ſauvé mes ſemblables de ſa tyrannie ; mais, ma chère Mirza, perdons un ſouvenir trop cher & trop funeſte : nous n'a­vons plus de protecteurs que la Nature. Mère bienfaiſante ! tu connois notre innocence. Non, tu ne nous abandonneras pas, & ces lieux déſerts nous cacheront à tous les yeux.


MIRZA

Le peu que je fais, je te le dois, Zamor ; mais dis-moi pourquoi les Européens & les Habitans ont-ils tant d'avantage ſur nous, pauvres eſclaves ? Ils ſont cependant faits comme nous : nous ſommes des hommes comme eux : pourquoi donc une ſi grande différence de leur eſpèce à la nôtre ?


ZAMOR

Cette différence eſt bien peu de choſe ; elle n'exiſte que dans la couleur ; mais les avan-