Page:Gouges - L esclavage des noirs (1792).djvu/49

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M. DE SAINT-FRÉMONT.

J’obéis. Je ſuis d'une Province où des loix injuſtes & inhumaines privent les enfans cadets du partage égal que la Nature donne aux enfans nés du même père & de la même mère. J’étois le plus jeune de ſept ; mes parens m’envoyèrent à la Cour pour y demander de l’emploi ; mais comment aurois-je pu réuſſir dans un pays où la vertu eſt une chimère, & où l’on n’obtient rien ſans intrigue ni baſſeſſe. Cependant , j’y fis la connoiſſance d’un brave Gentilhomme Écoſſois qui y étoit venu dans le même deſſein. Il n'étoit pas riche, & avoit une fille au Couvent : il m’y mena. Cette entrevue nous devint funeſte à tous les deux. Le père, au bout de quelques mois, partit pour l’armée : il me recommanda d’aller voir ſa fille, & dit même qu’on pouvoit me la confier quand elle voudroit ſortir. Ce brave ami, ce bon père, ne prévoyoit pas les ſuites que ſon imprudence occaſionna. Il fut tué dans une bataille. Sa fille reſta ſeule dans le monde, ſans parens & fans connoiſſances. Elle ne voyoit que moi, & paroiſſoit ne déſirer que ma préſence. L’amour me rendit coupable : Épargne-moi le reſte : je fis le ſerment d’être ſon époux ; voilà mon crime.