Page:Gourmont - Pendant l’orage.djvu/12

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COMMUNION

15 octobre 1914.

C’est un très beau mot que celui de cette dame qui disait l’autre jour, à propos des « Taube » : « C’est un danger qui ne me déplaît pas. Il nous rapproche des combattants. Il nous anoblit. » Voilà un sentiment très digne et que plus d’un cœur partagera, mais il faut bien dire que ce péril, bien que suspendu sur nos têtes, n’est pas de ceux dont il soit permis de frémir. Il est bien moindre, à tout prendre, que celui que faisaient encore courir aux Parisiens, il n’y a pas plus de trois mois, les automobiles, et aux automobilistes, le goût inconsidéré de la vitesse. Risquer sa vie, risquer son intégrité corporelle, ce qui est pire, n’y sommes-nous pas de longtemps habitués ? Quand on avait traversé quelques avenues fréquentées, quand on avait fait une course à pied à travers Paris, n’avait-on point bravé dix fois la mort ? Mais c’était sans y penser. Tous les dangers ne sont pas imaginaires, mais c’est l’imagination qui les rend redoutables. A la guerre même, et dans l’effroyable guerre