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LE NEUTRE

23 novembre 1914.

Aux yeux d’un belligérant, jamais un entre ne remplira son devoir de neutre. Ce devoir est en effet bien difficile, non seulement à remplir, mais à concevoir. Le neutre est celui qui ne serait ni pour, ni contre, qui verrait, avec la même indifférence, la victoire ou la défaite de l’un des partis, qui serait, en un mot, aussi dépouillé de sympathie que d’antipathie. On peut rêver cela, quand il s’agit d’une guerre sans importance entre deux peuplades obscures ou même entre deux peuples secondaires, mais quand il s’agit d’un résultat qui pèsera sur l’Europe entière, sur le monde entier, est-ce possible ? Si la balance pèse à droite ou à gauche, les intérêts du neutre seront lésés ou favorisés. Comment lui demander une impassibilité, qui serait vraiment stoïque ? Tout ce que peut faire le neutre qui veut le paraître, qui ne veut encourir de reproches ni d’un côté ni de l’autre, est d’observer les règles du droit international, qui sont assez limitées et assez précises, et de les observer méca-