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INTRODUCTION




En dehors de l’Évangile de saint Pierre si célèbre dans les premiers siècles de l’Église[1] et dont M. Bouriant a édité un important fragment d’après un manuscrit grec que le grand paléographe Wessely date du temps de Dioclétien ou de Constantin, tous les Évangiles apocryphes qu’on a publiés jusqu’ici ont un cadre historique différent de celui des Évangiles canoniques. Il n’en est pas de même pour l’Évangile des douze Apôtres[2] et pour celui de saint Barthélémy[3] dont j’ai à deux reprises trouvé et dont je vais donner ici des morceaux assez considérables et qui traitent l’un et l’autre des grandes périodes de la vie du Christ. Le plus important, sans contredit, est celui des douze Apôtres. Pour s’en assurer, on n’a qu’à consulter Origène.

Origène qui partait de l’idée courante, répétée encore par saint Jérôme[4] et qui faisait de l’Évangile selon les Hébreux, la forme hébraïque[5] primitive

  1. Origène en parle, ainsi que du protoévangile de saint Jacques, à propos du double mariage attribué à saint Joseph (Origène in Matth., Migne, Palrologia Graeca, t. XIII, c. 875 et suiv.) ; voir aussi sur cet Évangile, Eusèbe, 1. III, ch. III ; 1. VI, ch. X ; Théodoret, Haeres. Fab. 1. II, ch. II (qui nous dit que les Nazaréens ou les Juifs convertis s’en servaient ; et saint Jérôme, De viris illustr., ch. II). D’après les renseignements fournis par Eusèbe (1. VI, ch. X), ce livre de l’Évangile de saint Pierre a surtout commencé à être connu au moment des persécutions de Sévère contre l’Église, c’est-à-dire du temps de Sérapion, évêque d’Antioche, et d’Origène. Certains frères habitant à Rhossus en Cilicie, in ecclesia Rossensi, avaient demandé d’abord à Sérapion de lire cet évangile : ce à quoi il avait consenti, les croyant tous orthodoxes. Mais il apprit ensuite qu’il s’agissait de docètes cherchant à répandre leurs erreurs. Il se ravisa donc et interdit absolument la lecture de l’Évangile dit de saint Pierre, par lui attribué à un certain Marcianus et non Marcion. On comprend comment Origène ne réunit pas cet évangile aux deux évangiles plus antiques selon les Hébreux et des douze Apôtres (voir infra, p. 125). La découverte de M. Bouriant n’en est pas moins des plus intéressante, bien qu’il n’ait pas connu les témoignages antiques sur cet évangile (Mémoires publiés par les membres de la mission archéologique française au Caire, Paris, 1892, t. IX, p. 137 et suiv.). Il avait seulement vu, dans Tischendorf, un renvoi à l’Apocalypse de saint Pierre, qu’Eusèbe (1. III, ch. III) signale à côté de l’Évangile du même Apôtre.
  2. J’en avais déjà donné plusieurs fragments dans mes apocryphes coptes du Nouveau Testament (E. Revillout, Apocryphes coptes du Nouveau Testament, Paris, Vieweg, 1876). M. I. Guidi les a publiés de nouveau en y joignant une page nouvelle (Rendiconti della R. Accademia dei Lincei, vol. III, 1er semestre ; vol. IV, 1er semestre, Rome, 1888). J’ai retrouvé récemment : 1° d’autres fragments se reliant directement aux premiers ; 2° d’autres fragments, très nombreux, qui, sans se réunir directement aux premiers, paraissent bien appartenir au même document (voir plus loin). Notons que c’est cette année seulement que j’ai songé à assimiler les anciens fragments (comme les nouveaux) à l’Évangile des douze Apôtres.
  3. Les fragments de l’Évangile de saint Barthélemy paraissent ici pour la première fois.
  4. Conf. saint Jérôme, Contr. Pelag., 1. III, ch. I, De viris illustribus ; ch. II, ch. II, ch. XVI, ch. XXVI.
  5. Voir aussi saint Irénée, Contra haereses, 1. III, ch. I.