Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/162

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.






RÊVE D’ENFER [1].



C’est souvent avoir une très fausse opinion de l’esprit d’autrui que de ne point le nourrir de fadaises.
La Bruyère.


I


La terre dormait d’un sommeil léthargique, point de bruit à sa surface, et l’on n’entendait que les eaux de l’océan qui se brisaient en écumant sur les rochers. La chouette faisait entendre son cri dans les cyprès, le lézard baveux se traînait sur les tombes, et le vautour venait s’abattre sur les ossements pourris du champ de bataille.

Une pluie lourde et abondante obscurcissait la lumière douteuse de la lune, sur laquelle roulaient, roulaient et roulaient encore les nuages gris qui passaient sur l’azur.

Le vent de la tempête agitait les vagues et faisait trembler les feuilles de la forêt ; il sifflait dans les airs tantôt fort, tantôt faible, comme un cri aigu domine les murmures.

Et une voix sortit de la terre et dit :

— Fini le monde ! que ce soit aujourd’hui sa dernière heure !

— Non, non, il faut que toutes les heures sonnent.

— Hâte-les, dit la première voix. Extermine l’homme dans un septième chaos et ne crée pas d’autres mondes.


  1. 21 mars 1837.