Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/203

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sa partie de dominos entre les entr’actes. Quelquefois il perd, alors il rentre chez lui, casse deux assiettes, n’appelle plus sa femme mon épouse, oublie Azor, mange avidement le bouilli réchauffé de la veille, sale avec fureur les haricots et puis s’endort dans ses rêves de contrôle, de dégel, de repavage et de soustractions.

J’ai dit, je crois, tout ce qu’il y a à dire sur le Commis en général, ou du moins je sens que la patience du lecteur commence à se lasser.

J’ai encore dans mes cartons de nombreuses observations sur les diverses espèces de ce genre, telles que le Commis de barrière, le Commis de rouennerie, le Commis douanier, — qui s’élève quelquefois jusqu’au rang de maître d’études, se lance dans la littérature et rédige des affiches et des feuilletons, — le Commis voyageur, l’Employé de mairie et mille autres encore.

Tel est le fruit ingrat des veilles de ma vie studieuse. Mais si des temps meilleurs se font plus tard sentir, si les orages politiques qui tendent à augmenter diminuent, eh bien ! je pourrai alors reparaître sur la scène et publier la suite de ce cours de zoologie, immense échelon social qui s’étend depuis le Commis de barrière jusqu’au Caissier de l’agent de change.