Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/6

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XV

— Montre-moi ton royaume ? dis-je à Satan.

— Le voilà !

— Comment donc ?

Et Satan me répondit :

— C’est que le monde, c’est l’enfer.


7e soirée.       UNE PENSÉE.

Des fous bondissent, s’élancent et se redressent, fiers et aigus, c’est la valse, c’est le galop.

Et parmi toutes ces fleurs, une s’est élevée plus grande, plus belle et plus odoriférante.

Parmi toutes ces robes, qui m’ont froissé en me faisant tressaillir d’envie, une m’a fait plus tressaillir que les autres.

Parmi toutes ces tailles qui tourbillonnent, ces seins qui se gonflent, ces beaux yeux bleus qui regardent, une a tourbillonné près de moi, un sein a palpité pour moi, des yeux bleus m’ont regardé.

Je l’invite, elle danse ; je presse sa taille, je lui souris à elle, elle, et encore à elle. Se penchant sur moi comme fatiguée, ses lèvres brûlantes me disent un soupir… et je comprends ce soupir. Je la regarde, elle est heureuse, et j’oublie la valse et le monde et toutes ces femmes qui tourbillonnent et ces glaces qui reluisent et ces lumières qui flamboient. Mais le matin arrive, adieu !

Mais la pensée s’est envolée comme la rose qui se flétrit.

Une pensée d’amour c’est une rose de printemps.

Gve Flaubert.