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Il y avait déjà près d’une heure qu’Ernesto et Garof’a s’épuisaient pour attirer les yeux de la f’oule, Marguerite avait plus d’une f’ois appelé de sa voix rauque et couverte de larmes, à la générosité des gens qui passaient devant eux, lorsqu’un brillant carrosse, attelé de deux chevaux blancs, passa auprès des danseurs en leur jetant de la boue sur leurs vêtements. Le manteau et les bas roses de Marguerite en f’urent couverts, elle baissa les yeux sur son violon et répandit quelques larmes qui coulèrent le long du bois et vinrent se perdre dans l’intérieur de l’instrument ; ses larmes redoublèrent et elle se cacha la tête sous son manteau. Alors elle f’ut en proie à une sorte de rêverie bizarre et déchirante : elle se figurait entourée de carrosses qui lui jétaient de la boue, elle se voyait sifflée, méprisée, honnie ; elle voyait ses enfants mourir de faim autour d’elle, son mari devenu f’ou. Alors tous ses souvenirs repassèrent dans son esprit : elle voyait son lit où elle était couchée a l’hôpital, elle se ressouvint de la sœur qui la soi nait, des coups que Pedrillo lui avait donnés la veiëe, de l’accueil qu’on lui avait fait lorsqu’elle parut... et tous ces souvenirs passaient dans son esprit comme des ombres, paraissant, disparaissant et s’efl’açant tour à tour ; elle ne dormait pas, mais elle rêvait, et ses yeux baissés sur sa poitrine répandaient des larmes qui étaient chaudes en tombant sur ses mains.
Depuis quelque temps elle ne jouait plus, ses enfants continuaient de danser, et l’on s’était arrêté en les voyant ainsi exécuter leurs exercices, tandis que la femme tenait son violon sans en tirer une seule note. Bientôt elle se réveilla en sur saut ; cette figure ébahie, avec ses deux grands yeux gris s’ouvrant tout à coup, sembla grotesque et fit rire ; son accoutrement bizarre, ses bas roses avec son manteau troué et qui était presque pareil au tapis étendu sur le pavé, ses fleurs fanées et ses cheveux rouges étaient ridicules.