Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/213

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


ANTOINE

souriant. L’ermite Paul m’a légué sa tunique.

LA VOIX.

Comme au plus digne, bien sûr ! à te suivre saint Jacques de Jérusalem eût renoncé, lui qui portait une lame d’or sur le front et dont les genoux étaient usés comme ceux des dromadaires.

ANTOINE.

Moi, ce sont les miens qui usent les pierres. Le Cochon à part. Les égyptiens ne mangent pas le boeuf, les perses ne mangent pas l’aigle, les juifs ne mangent pas de moi ; je suis plus sacré que le boeuf, plus sacré que l’aigle.

LA VOIX.

Et quand les moines de la Thébaïde t’ont demandé une règle, tu leur as donné ta vie à suivre.

ANTOINE.

Je n’en savais pas de meilleure. Le Cochon à part. Sincèrement, quand je me considère, je ne vois pas de créature qui vaille mieux que moi. Les ombres, vagues tout à l’heure, commencent à se dessiner dans le fond. Sur le rocher on voit passer rapidement la silhouette de deux grandes cornes. On entend des chuchotements éloignés, le vent souffle, la lanterne remue.

ANTOINE.

Comme la nuit est longue ! Y a-t-il beaucoup de temps que je prie ? Je ne sais… tiens ! Je n’ai pas tourné la page ! … ah ! C’est cela, je regardais la vierge, j’ai oublié les heures… cette lampe