Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/214

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brille dessus, on dirait qu’elle l’éclaire du dedans… plus qu’un fruit velouté cette peinture attire les lèvres ; les cheveux… La Voix reprend avec plus de douceur. Les longs cheveux… les longs cheveux d’or…

ANTOINE.

Les lèvres frémissent, les narines semblent s’ouvrir au mouvement du sein gonflé. Un coup de vent subit arrache l’image et la fait voltiger aux yeux d’Anoine. Mielleusement susurrante. La voilà, elle te suit, elle saute. L’image s’arrête droit en l’air.

ANTOINE

avec ravissement. Oh ! Elle s’allonge ! Elle se développe, elle s’étend ! La forme de la vierge, se détachant de l’image, surgit tout à coup, de grandeur naturelle. Antoine recule tout en la regardant : ah ! Elle sent les fleurs d’église, et comme d’un lac il s’exhale d’elle-même des vapeurs lumineuses. Le vent arrache le voile de la vierge ; il s’envole.

ANTOINE.

L’air circule autour de sa tête, son épaule sort.

LA VOIX.

Et puis ? … et puis ? … la veux-tu ? Je suis le rêve.

ANTOINE.

Mais qu’ai-je donc ? Qu’ai-je donc ? Pitié de moi, seigneur !