Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/219

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c’est la lydienne épuisée, qui se lasse d’Adonis ; c’est la juive en inquiétude, qui cherche son messie ; elles ont besoin du saint, elles sont malades, elles viennent de loin, qu’il leur dise le remède pour les guérir.

ANTOINE.

Oh ! Jamais, maitenant, je n’en recevrai plus.

LA VOIX.

Elles s’agenouillent… ici… par terre ; de leur front goutte à goutte l’eau tombe sur tes mains.

ANTOINE.

Mais je regarde la croix, quand elles parlent.

LA VOIX.

Elles soupirent leurs douleurs, elles te content leurs songes, elles ont vu, sur des rivages, des dieux qui les appelaient, doivent-elles se refuser à leurs maris ?

ANTOINE.

Mais je ne sais rien de tout cela, moi !

LA VOIX.

Il y en a qui dépérissent pour des danseurs, d’autres se pâment au son des flûtes, et ce n’est point, disent-elles, le danseur qu’elles aiment ni la musique qui les ennuie ; sans croire à l’oracle, elles ont penché leur oreille sur le bord des gouffres de Thessalie et acheté à des mages des plaques de métal qui se portent au nombril ; elles rient aux sacrifices, et pourtant le proconsul de Thrace a pour elles, pendant cent vingt nuits, fait avec des filets chercher dans le Strymon la pierre noire qui bannit les tourments ; elles sont ennuyées de toutes les religions et rassasiées de tous les amours, -mais elles voudraient savoir ce que le Christ avait pour que la Madeleine, quittant ses atours, se soit mise à le suivre par les chemins, et les plus naïves, n’est-ce pas, te demandent si, pour plaire au crucifié, il suffit d’aimer son serviteur ?

ANTOINE.

Blasphème !