Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/227

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que tu fais que je peux vivre, moi, moi, le cochon ? Pourquoi autrefois m’as-tu enlevé au marché ? Je m’en souviens, nous étions sur la paille, tu m’as choisi au milieu de mes frères, acheté bien vite, puis suspendu par les oreilles à ta ceinture et apporté ici ; ma mère pleurait, je criais, et toi tu t’en allais sans y prendre garde, récitant ton chapelet. Je veux des femelles, je veux dans une auge d’or de la farine blanche délayée avec la mousse du sang rose, je veux avoir de la pourpre pour litière, et sous mes pieds, comme des sarments secs, entendre craquer des os humains ; et pour commencer par toi, je m’en vais te faire au flanc un trou pour boire ta bile. Il se rue sur le saint. Atoine se jetant sur une pierre, qu’il lève de ses deux mains. Ignoble monstre ! Moi qui t’aimais ! La Colère. Tue-le ! Tue-le ! à ce moment le cochon, grandi tout à coup et, gros comme un hippopotame, ouvre jusqu’au ventre une gueule terrifiante, à triple rangée de dents ; il en sort du feu. La Colère. écrase-le ! Marche dessus ! La Logique. Puisqu’il veut te tuer, tue-le ! La Gourmandise. Prends bien garde d’abîmer sa cervelle !

ANTOINE.

Oh ! Tu ne me fais pas peur, je connais tes artifices, démon des illusions ; réduit bientôt à sa forme première, il va trembler sous mes poings levés. Le cochon rentre dans ses proportions naturelles. La Gourmandise. Il est trop maigre, il faut l’engraisser d’abord ; puis, un beau