Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/239

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La Logique. Ne t’inquiète pas tant des oeuvres, qu’importe l’action ? La statue ne porte-t-elle pas en soi la conception qui l’a formée ? Pour être devenue matière, l’idée a-t-elle perdu quelque chose de son essence ? Et l’esprit ne réside-t-il point dans chacun de ses atomes ?

ANTOINE.

Je ne suis pas Dieu pourtant ! La Logique. Espérais-tu l’être ?

ANTOINE.

Mais le connaître un jour. La Logique. Penses-tu donc que le roi de l’univers se soucie tant de ta pénitence et qu’il va se pencher au bord du ciel pour peser tes larmes ? Quand les papillons de nui viennent se heurter à ta lanterne et s’y brûler les ailes, soupçonnes-tu seulement qu’ils peuvent souffrir ? Et toi, qui viens périr aussi au bord des clartés qui t’éblouissent…

ANTOINE.

Comment ? Tout ce que je fais demeure perdu ? La Logique. Pour toi, oui ! Qu’as-tu à expier, en effet, et qu’est-ce qui te voit ? Car c’est souvent pour l’exemple que l’on se mortifie, afin d’attendrir les pécheurs, comme les sarabaïtes qui portent des tuniques de feuilles de palmier et qui s’attachent au talon des épines avec des sangles ; ils sortent des cavernes, se présentent au peuple couverts de sang, ramassent de l’argent et s’en retournent chez eux, où ils prennent la taille à leurs concubines en chantant dans les corridors : ils convertissent ainsi beaucoup de monde.

ANTOINE.

Infamie et scandale ! J’ai vu en rêve des mulets et des ânes qui