Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/247

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ANTOINE.

Mais il en est sorti. La Logique. La création de même en est sortie. T’imaginerais-tu, comme les païens, qu’elle se meut par des lois propres et en vertu seulement de son existence ?

ANTOINE.

Oh ! Non, c’est par la volonté de Dieu que pensent les hommes et que poussent les plantes. La Logique. Et ce n’est pas par sa volonté que le mal se fait, le mal qui se produit par Satan, lequel est son serviteur, son fils, comme l’archange Gabriel ? Il punit les pécheurs, en enfer, et il présente aux fidèles ici-bas l’amorce des tentations ; le diable est donc nécessaire, il faut qu’il soit… a-t-il un corps, le diable ?

ANTOINE

méditant. Si le diable a un corps ? La Logique. S’il en avait un, il ne serait pas partout à la fois, comme Dieu qui, étant esprit, est partout à la fois ; mais s’il est esprit, il est donc Dieu ou plutôt partie de Dieu, et enlever une partie au tout n’est-ce pas détruire ce tout ? Or, retrancher à Dieu une portion de lui-même, c’est nier Dieu. Tu ne nies pas Dieu, le diable est en Dieu… tu adores Dieu… alors la logique, sous la forme d’un nain noir, vêtu de parchemin, avec des griffes monstrueuses aux pieds et aux mains, posé debout sur une boule qui roule, et s’y tenant tantôt sur un pied, tantôt sur l’autre, lentement et se penchant à l’oreille de saint Antoine : tu adores Dieu… adore le diable ! L’Orgueil criant : à moi, mes filles ! Paraît derrière l’ermite, grande, pâle, avec ses yeux rouges et le