Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/250

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qui circulions ; nous étions ce qu’il y avait derrière ta douleur, ce qui demeurait au fond d’elle, ce qui apparaissait là-haut, tout en haut, au lointain, dans l’extase, la réponse attendue, la fin du mot, la grâce espérée. Nous somes les filles de la doctrine, les enfants de l’église, la nature complexe du dogme de Jésus ; nous répandons dans les basiliques le souffle renouvelé de nos haleines, et leurs piliers s’écroulent en craquant comme le tronc des arbres dans les forêts. à la pointe de l’idée, quand en frappant d’aplomb sur son angle intangible le verbe luit, c’est nous qui sommes les rayons divergents multipliant la lumière, et tous convergeant vers sa base pour en augmenter l’étendue. Mais nous allons surgir, au dehors, distinctes, complètes, détachées. Apaise ton coeur, rassure tes genoux qui tremblent, avance, reconnais-nous. Que veux-tu de tes amies ? Elles ont entendu tout à l’heure tes efforts pour les appeler, nous voilà ; approche donc, tu verras parmi nous des docteurs, des martyrs, des prophètes !

ANTOINE.

Oh ! Comme il y en a ! J’ai peur… Les Patricianistes. Peur de la chair, n’est-ce pas ? Comme toi nous la fuyons, nous la mortifions, nous l’exécrons. Elle est mauvaise, n’est-ce pas ?

ANTOINE.

Oui, elle est mauvaise. Les Patricianistes. Abominable d’elle-même, comme le principe d’où elle vient ; c’est par la chair que nous souffrons et que nous sommes maudits.

ANTOINE.

à cause d’elle en effet. Les Patricianistes. Et maudits par le père du verbe, le dieu bon, source de tout esprit, et qui a la chair pour ennemie, comme le diable est son