Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/28

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L’enceinte des roches est vide. Les étoiles rayonnent. Tout se tait.

Une fois de plus je me suis trompé ! Pourquoi ces choses ? Elles viennent des soulèvements de la chair. Ah ! Misérable !

Il s’élance dans sa cabane, y prend un paquet de cordes terminé par des ongles métalliques, se dénude jusqu’à la ceinture, et levant la tête vers le ciel : accepte ma pénitence, ô mon dieu ! Ne la dédaigne pas pour sa faiblesse. Rends-la aiguë, prolongée, excessive ! Il est temps ! à l’oeuvre !

Il s’applique un cinglon vigoureux.

Aïe ! Non ! Non ! Pas de pitié !

Il recommence.

Oh ! Oh ! Oh ! Chaque coup me déchire la peau, me tranche les membres. Cela me brûle horriblement !

Eh ! Ce n’est pas terrible ! On s’y fait. Il me semble même...

Antoine s’arrête.

Va donc, lâche ! Va donc ! Bien ! Bien ! Sur les bras, dans le dos, sur la poitrine, contre le ventre, partout ! Sifflez, lanières, mordez-moi, arrachez-moi ! Je voudrais que les gouttes de mon sang jaillissent jusqu’aux étoiles, fissent craquer mes os, découvrir mes nerfs ! Des tenailles, des chevalets, du plomb fondu ! Les martyrs en ont subi bien d’autres ! N’est-ce pas, Ammonaria ?

L’ombre des cornes du diable reparaît.

J’aurais pu être attaché à la colonne près de la

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