Page:Guyau - Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction.djvu/114

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CHAPITRE III

Dans quelle mesure le mobile de l’activité peut créer
une sorte d’obligation. — Pouvoir et devoir.


Après avoir établi ce principe qui nous paraît essentiel, la fécondité morale, il nous reste à voir de quelle manière et sous quelle forme psychologique elle se manifeste : l’être est-il porté à se répandre vers autrui par la nature même et l’expansion normale de sa volonté ? ou est-il simplement sollicité par l’attrait d’un plaisir spécial, plaisir de la sympathie, de la louange, etc. ? Nous verrons, ici encore, que l’étude de la « dynamique mentale » a été souvent élémentaire et incomplète dans les écoles anglaise et positiviste.

Le Kantisme, lui, a eu ce grand mérite, que ne saurait contester aucune théorie naturaliste, de considérer l’impulsion primitive qui constitue un des éléments essentiels du devoir comme antérieure à tout raisonnement philosophique sur le bien : nulle raison démonstrative ne saurait, en effet, changer tout d’un coup ni la direction ni l’intensité de cette impulsion spontanée. La théorie de l’impératif catégorique est donc psychologiquement exacte et profonde, comme expression d’un fait de conscience ; seulement Kant n’avait pas le droit de considérer sans preuve cet impératif comme transcendantal. « Une nécessité pra-