Page:Hérodote - Histoire.djvu/8

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tenaient neuf mille vers. Plusieurs écrivains en parlent avec distinction, Isaac Tzelzès dans ses Prolégomènes sur la Cassandre de Lycophron, Proclus dans sa Chrestomathie, Suidas au mot Panyasis, Pausanias, qui même en cite deux vers, et le scoliaste de Pindare, qui en rapporte un du troisième livre. Quintilien, bon juge en ces matières, nous apprend qu’il n’égalait pour l’élocution ni Hésiode ni Antimachus, mais qu’il surpassait le premier par la richesse de son sujet, et le second par la disposition qu’il lui avait donnée. Denys d’Halicarnasse, qui n’excellait pas moins dans la critique que dans l’histoire, en porte aussi le même jugement. Je m’en tiens à ces autorités, auxquelles je pourrais ajouter celles de plusieurs autres auteurs, tels qu’Apollodore, Clément d’Alexandrie, Athénée, etc.

Le même Panyasis avait écrit en vers pentamètres un poëme sur Codrus, Nélée et la colonie ionienne, que l’on appelait les Ioniques. Ce poëme curieux, et dont on ne saurait trop regretter la perte parce qu’il entrait dans une infinité de détails historiques sur cette colonie, comprenait sept mille vers.

Il ne reste plus de ce poëte que deux petites pièces de vers avec un fragment, où Panyasis célèbre le vin et les plaisir de la table pris avec modération. Stobée et Athénée nous les ont conservés. On les trouve dans plusieurs recueils, et beaucoup plus correctement dans celui des poëtes gnomiques, publié en 1784 à Strasbourg par M. Brunck, critique plein de goût et de sagacité. On a encore cinq vers de ce poëte qu’on lit dans Étienne de Byzance, au mot Τρεμίλη. Je soupçonne qu’ils sont de l’Héracléiade. M. Brunck n’a pas jugé à propos de leur donner place dans son recueil.

Dans ces beaux siècles de la Grèce, on prenait un soin particulier de l’éducation de la jeunesse, et l’on ne s’appliquait pas moins à lui former le cœur qu’à cultiver son esprit. Il est à présumer que celle d’Hérodote ne fut pas négligée, quoique l’on ignore quels furent ses maîtres. On n’en peut même douter, lorsqu’on le voit entreprendre dans un âge peu avancé de longs et pénibles voyages, pour perfectionner ses connaissances et en acquérir de nouvelles.

La description de l’Asie par Hécatée, l’histoire de Lydie, de Xanthus, celle de Perse par Hellanicus de Lesbos et Charon de Lampsaque, jouissaient alors de la plus haute réputation. Ces ouvrages agréables, intéressants, furent sans doute dévorés par Hérodote dans cet âge où l’on est avide de connaissances, et lui inspirèrent le vif désir de parcourir les pays dont les descriptions l’avaient enchanté. Ce n’était pas cependant une vaine curiosité qui le portait à voyager ; il se proposait un but plus noble, celui d’écrire l’histoire. Les succès des historiens qui l’avaient devancé ne l’effrayèrent pas ; ils ne servirent au contraire qu’à l’enflammer ; et quoique Hellanicus de Lesbos et Charon de Lampsaque eussent