Page:Hardy - Jude l’Obscur.djvu/17

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.





III


Pas une âme sur la route blanche, qui semblait monter et se perdre dans le ciel. Une ancienne voie romaine la croisait à angle droit, allant de l’est à l’ouest sur un espace de plusieurs milles. Jamais Jude ne s’était hasardé si loin, vers le nord, hors du hameau où le courrier d’une petite station l’avait déposé, par un soir très sombre, quelques mois auparavant. Il ne soupçonnait pas qu’une aussi vaste, plate et basse région s’étendit si près de lui, aux confins de son plateau. La contrée septentrionale s’étendait devant lui, en demi-cercle, sur une largeur de quarante à cinquante milles ; et l’atmosphère semblait plus bleue et plus humide que celle où il respirait.

Il y avait, au bord de la route, une vieille grange bâtie en briques et en tuiles et que les gens du pays appelaient la Maison-Noire. Jude aperçut une échelle appuyée, au bord du toit où deux hommes réparaient les tuiles. Il grimpa sur l’échelle, et, arrivant près des ouvriers il leur demanda où était Christminster.

— Christminster est par ici, dans la direction de ce bouquet d’arbres. Vous ne pouvez pas le voir par un temps comme celui d’aujourd’hui… Il faut choisir un temps clair. Moi, quand je l’ai vu, c’est à l’heure où