Page:Hardy - Jude l’Obscur.djvu/9

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II

Délicat comme était Jude Fawley, il porta sans s’arrêter les seaux pleins d’eau jusqu’au cottage. Sur la porte était un petit rectangle de carton bleu, où étaient peints en lettres jaunes ces mots : « Drusilla Fawley, boulangère. » Derrière les petits carreaux plombés de la fenêtre — cette maison était une des plus anciennes du pays — il y avait cinq bocaux de bonbons, et trois gâteaux sur une assiette à ramages.

Tandis qu’il vidait ses seaux derrière la maison, Jude pouvait entendre une conversation animée qui continuait à l’intérieur, entre sa grand’tante, la Drusilla de l’enseigne, et quelques autres villageoises. Ayant vu le départ du maître d’école, elles discutaient sur les détails de l’événement et se plaisaient à en tirer des pronostics pour l’avenir.

— Qui est donc celui-là ? demanda l’une, qui paraissait n’être pas du pays, quand le garçon entra.

— Vous pouvez bien me le demander, mistress Williams. C’est mon petit-neveu. Il n’était pas ici la dernière fois que vous êtes venue.

La vieille bonne femme qui répondait était une grande maigre ; elle parlait d’un ton tragique sur le