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voir toutes ces passions, toutes ces intelligences, toutes ces âmes, la veille encore pleines de colère, toutes ces bouches qui venaient de déchirer des cartouches, s’unir et se confondre dans un seul cri, le plus beau qui puisse être poussé par la voix humaine : Clémence ! c’était là, messieurs, pour les philosophes, pour les publicistes, pour l’homme chrétien, pour l’homme politique, ce fut pour la France et pour l’Europe un magnifique spectacle. Ceux mêmes que les événements de février froissaient dans leurs intérêts, dans leurs sentiments, dans leurs affections, ceux mêmes qui gémissaient, ceux mêmes qui tremblaient, applaudirent et reconnurent que les révolutions peuvent mêler le bien à leurs explosions les plus violentes, et qu’elles ont cela de merveilleux qu’il leur suffit d’une heure sublime pour effacer toutes les heures terribles. ( Sensation.)
Du reste, messieurs, ce triomphe subit et éblouissant, quoique partiel, du dogme qui prescrit l’inviolabilité de la vie humaine, n’étonna pas ceux qui connaissent la puissance des idées. Dans les temps ordinaires, dans ce qu’on est convenu d’appeler les temps calmes, faute d’apercevoir le mouvement profond qui se fait sous l’immobilité apparente de la surface, dans les époques dites époques paisibles, on dédaigne volontiers les idées ; il est de bon goût de les railler. Rêve, déclamation, utopie ! s’écrie-t-on. On ne tient compte que des faits, et plus ils sont matériels, plus ils sont estimés. On ne fait cas que des gens d’affaires, des esprits pratiques, comme on dit dans un certain jargon ( Très bien ! ), et de ces hommes positifs, qui ne