Page:Hugo - Bug-Jargal, 1876.djvu/40

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
32
BUG-JARGAL.
Une plume couleur de feu flottait sur son front. (Page 30.)

pic et le roc le plus voisin ; et je m’élançai le premier au milieu des nègres. Les miens allaient me suivre, quand un des rebelles, d’un coup de hache, fit voler le pont en éclats. Les débris tombèrent dans l’abîme en battant les rocs avec un bruit épouvantable.

Je tournai la tête : en ce moment je me sentis saisir par six ou sept noirs qui me désarmèrent. Je me débattais comme un lion ; ils me lièrentavec des cordes d’écorce, sans s’inquiéter des balles que mes gens faisaient pleuvoir autour d’eux.

Mon désespoir ne fut adouci que par les cris de victoire que j’entendis pousser autour de moi un instant après ; je vis bientôt les noirs et les mulâtres gravir pêle-mêle les sommets les plus escarpés, en jetant des clameurs de détresse. Mes gardiens les imitèrent ; le plus vigoureux d’entre eux me chargea sur ses épaules, et m’emporta vers les forêts, en sautant de roche en roche avec l’agilité d’un chamois. La lueur des flammes cessa bientôt de le guider ; la faible lumière de la lune lui suffît ; il se mit à marcher avec moins de rapidité.

XXV

Après avoir traversé les halliers et franchi des torrents, nous arrivâmes dans une haute vallée d’un aspect singulièrement sauvage. Ce lieu m’était absolument inconnu,