Page:Hugo - Légende des siècles, Hachette, 1920, 1e série, volume 2.djvu/419

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Ces deux athlètes faits de furie et de vent,
Le tangage qui bave et le roulis qui fume,
Luttant sur ce radeau funèbre dans la brume,
Sans trêve, à chaque instant arrachent quelque éclat
De la quille ou du pont dans leur noir pugilat ;
Par moments, au zénith un nuage se troue,
Un peu de jour lugubre en tombe, et, sur la proue,
Une lueur, qui tremble au souffle de l’autan,
Blême, éclaire à demi ce mot : LÉVIATHAN.
Puis l’apparition se perd dans l’eau profonde ;
Tout fuit.

Léviathan ; c’est là tout le vieux monde,
Âpre et démesuré dans sa fauve laideur ;
Léviathan, c’est là tout le passé : grandeur,
Horreur.



Le dernier siècle a vu sur la Tamise
Croître un monstre à qui l’eau sans bornes fut promise,
Et qui longtemps, Babel des mers, eut Londre entier
Levant les yeux dans l’ombre au pied de son chantier.
Effroyable, à sept mâts mêlant cinq cheminées
Qui hennissaient au choc des vagues effrénées.

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