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LA DÉCROISSANCE CRÉPUSCULAIRE.

— Mais on fait du feu jusqu’au mois de juin. Dans cette cave-ci, il en faut toute l’année.

— J’ai pensé que le feu était inutile.

— C’est bien là une de vos idées ! reprit Cosette.

Le jour d’après, il y avait du feu. Mais les deux fauteuils étaient rangés à l’autre bout de la salle près de la porte. — Qu’est-ce que cela veut dire ? pensa Jean Valjean.

Il alla chercher les fauteuils, et les remit à leur place ordinaire près de la cheminée.

Ce feu rallumé l’encouragea pourtant. Il fit durer la causerie plus longtemps encore que d’habitude. Comme il se levait pour s’en aller, Cosette lui dit :

— Mon mari m’a dit une drôle de chose hier.

— Quelle chose donc ?

— Il m’a dit : Cosette, nous avons trente mille livres de rente. Vingt-sept que tu as, trois que me fait mon grand-père. J’ai répondu : Cela fait trente. Il a repris : Aurais-tu le courage de vivre avec les trois mille ? J’ai répondu : Oui, avec rien. Pourvu que ce soit avec toi. Et puis j’ai demandé : Pourquoi me dis-tu ça ? Il m’a répondu : Pour savoir.

Jean Valjean ne trouva pas une parole. Cosette attendait probablement de lui quelque explication ; il l’écouta dans un morne silence. Il s’en retourna rue de l’Homme-Armé ; il était si profondément absorbé qu’il se trompa de porte, et qu’au lieu de rentrer chez lui, il entra dans la maison voisine. Ce ne fut qu’après avoir monté presque deux étages qu’il s’aperçut de son erreur et qu’il redescendit.