Page:Hugo - Les Travailleurs de la mer Tome I (1891).djvu/33

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pacotilles achetées aux bazars ou aux marchés ; cette industrie s’appelle chiner. Les chineuses, très pauvres, gagnent à grand’peine quelques doubles dans leur journée. Voici un mot d’une chineuse : « Savez-vous que c’est bien joli, j’ai mis de côté dans ma semaine sept sous. » Un passant de nos amis donna un jour à l’une d’elles cinq francs ; elle dit ; Merci bien monsieur, voilà qui va me permettra d’acheter en gros.

Au mois de mai les yachts commencent à arriver, la rade se peuple de navires de plaisance ; la plupart gréés en goëlettes, quelques-uns à vapeur. Tel yacht coûte à son propriétaire cent mille francs par mois.

Le cricket prospère, la boxe décroit, Les sociétés de tempérance règnent, fort utilement, disons-le. Elles ont leurs processions, et promènent leurs bannières avec un appareil presque maçonnique qui attendrit même les cabaretiers. On entend les tavernières dire aux ivrognes en les servant : « Bévez-en un varre, n’en boivez pas une bouteille. »

La population est saine, belle et bonne. La prison de la ville est très souvent vide. À Christmas, le geôlier, quand il a des prisonniers, leur donne un petit banquet de famille.

L’architecture locale a des fantaisies tenaces ; la ville de Saint-Pierre-Port est fidèle à la reine, à la bible, et aux fenêtres-guillotines ; l’été les hommes se baignent nus ; un caleçon est une indécence ; il souligne.

Les mères excellent à vêtir les enfants ; rien n’est joli comme cette variété de petites toilettes, coquettement inventées. Les enfants vont seuls dans les rues, confiance touchante et douce. Les marmots mènent les bébés.

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