Page:Hugo Hernani 1889.djvu/89

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Si j'ai dit que c'était ton destin, j'ai menti!

D'ailleurs, vengeance, amour, adieu! mon jour s'achève.

Je m'en vais, inutile, avec mon double rêve,

Honteux de n'avoir pu ni punir, ni charmer,

Qu'on m'ait fait pour haïr, moi qui n'ai su qu'aimer!

Pardonne-moi! fuis-moi! ce sont mes deux prières.

Ne les rejette pas, car ce sont les dernières!

Tu vis, et je suis mort. Je ne vois pas pourquoi

Tu te ferais murer dans ma tombe avec moi!


DONA SOL.

Ingrat!


HERNANI.

Monts d'Aragon! Galice! Estramadoure!

Oh! je porte malheur à tout ce qui m'entoure!

J'ai pris vos meilleurs fils; pour mes droits, sans remords,

Je les ai fait combattre, et voilà qu'ils sont morts!

C'étaient les plus vaillants de la vaillante Espagne!

Ils sont morts! ils sont tous tombés dans la montagne,

Tous sur le dos couchés, en justes, devant Dieu,

Et s'ils ouvraient les yeux, ils verraient le ciel bleu!

Voilà ce que je fais de tout ce qui m'épouse!

Est-ce une destinée à te rendre jalouse?

Dona Sol, prends le duc, prends l'enfer, prends le roi!

C'est bien. Tout ce qui n'est pas moi vaut mieux que moi!

Je n'ai plus un ami qui de moi se souvienne,

Tout me quitte, il est temps qu'à la fin ton tour vienne,

Car je dois être seul. Fuis ma contagion.

Ne te fais pas d'aimer une religion!

Oh! par pitié pour toi, fuis! Tu me crois peut-être

Un homme comme sont tous les autres, un être

Intelligent, qui court droit au but qu'il rêva.

Détrompe-toi! je suis une force qui va!

Agent aveugle et sourd de mystères funèbres!

Une âme de malheur faite avec des ténèbres!

Où vais-je? je ne sais. Mais je me sens poussé

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