Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/16

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parlais très franchement, m’a judicieusement répondu : où serait le mérite si l’on ne souffrait d’être roulé, tel qu’un galet, sur la plage d’un grand cloître ?

Bien oui, je ne dis pas, mais n’empêche que j’aime mieux autre chose…

Et Durtal réfléchissait et se sortait alors des arguments plus valides, des raisons plus péremptoires pour se justifier ses appréhensions.

À supposer, se disait-il, que le père abbé me laisse fabriquer mes livres en paix et consente à ne point s’immiscer dans des questions de littérature, — et il est si large d’esprit qu’il admettrait sans nul doute cette dispense-cela ne servirait de rien car je serais absolument incapable d’écrire un livre dans cette abbaye.

L’expérience, je l’ai tentée, à diverses reprises ; les matinées et les après-midi, coupées par les offices, y rendent tout travail d’art impossible. Cette vie, divisée en petites tranches, peut être excellente pour colliger des matériaux et assembler des notes, mais pour œuvrer des pages, non.

Et il se remémorait de désolantes heures où, s’échappant d’un office, il voulait s’atteler sur un chapitre et le découragement le prenait à l’idée que lorsqu’il commencerait d’être en train, il faudrait quitter sa cellule et regagner la chapelle pour un autre office et il concluait : le cloître est utile pour préparer un ouvrage, mais il sied de l’exécuter dehors !

Puis qu’est-ce que l’on entend par l’oblature ? Jamais il n’avait pu obtenir une réponse claire. Cela dépend du bon vouloir du père abbé et cela peut par conséquent changer selon les monastères ; mais ce n’est pas