Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/21

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par exemple, à ce Val des Saints dont vous a parlé l’abbé Plomb.

— Dame, ce serait à voir.

Et à la longue, cela avait fini par être vu. L’un des pères de cette abbaye était passé par Chartres et descendu chez l’abbé Plomb qui l’avait aussitôt abouché avec Durtal.

Ils étaient façonnés pour s’entendre.

Dom Felletin était un moine de plus de soixante-cinq ans, mais si souple et si jeune ! Grand et robuste, le sang à fleur de peau et piquant les joues, ainsi que des pelures d’abricots, de points cramoisis ; le nez protubérant et remuant, lorsque le visage s’égayait, du bout ; les yeux bleu clair et les lèvres fortes, ce religieux effluait autour de lui la piété tranquille, la joie de l’âme saine et renoncée, de l’âme qui sent bon. Plein d’enthousiasme pour son ordre, épris de liturgie et de mystique, il rêvait à des groupes d’oblats formant une communauté autour de la sienne.

Il bondit, pour ainsi dire, sur Durtal ; et toutes les questions se résolvaient, comme par enchantement, avec lui. Il y avait justement à louer, à compte avantageux, près du monastère, une maison agrémentée d’un vieux jardin ; et il vantait le côté paterne de son abbaye, la probité des offices. Évidemment, disait-il, vous ne retrouverez pas chez nous l’art raffiné de Solesmes ; nous n’avons pas un père Mocquereau pour diriger le chœur ; mais enfin, les messes sont tout de même bien chantées, et les cérémonies sont, vous le verrez, magnifiques ; enfin, à deux pas du Val des Saints, vous avez une ville pleine d’œuvres du