Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/24

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la modération, opérait de telle sorte que l’on s’empêtrait les dents dans de la gélatine ou qu’on se les ébranlait, en mâchant du bois. Durtal avait adopté le parti — ne pouvant faire autrement d’ailleurs — d’offrir au seigneur, en expiation de ses vieux péchés, la pénitentielle misère de ces plats, quand il apprenait, par un télégramme, la mort subite de l’abbé Gévresin. Il s’était jeté, affolé, dans le rapide pour Paris, avait de là gagné chartres et revu, une dernière fois, sur son lit de mort, l’homme qu’il avait peut-être le plus aimé. Il avait séjourné, quelques jours dans cette ville, et, — voyant que l’abbé Plomb, un de leurs amis communs, ne pouvait recueillir la servante du défunt, Mme Bavoil, parce qu’il avait depuis six mois, appelé sa tante auprès de lui pour diriger sa maison, — il avait offert à la brave femme de l’emmener au Val des Saints, en qualité de gouvernante et d’amie.

Il était reparti de Chartres sans réponse précise, car elle ne savait à quoi se déterminer ; puis, quelques semaines après son retour en Bourgogne, il avait reçu une lettre d’elle lui annonçant son arrivée.

Il était allé la chercher à la gare de Dijon ; il s’attendait bien à une descente de chemin de fer cocasse, car Mme Bavoil était dépourvue de tout préjugé en matière de toilette et elle ne pouvait se rendre compte de l’étrangeté de son fourniment, mais elle le stupéfia quand même, lorsqu’il l’aperçut, s’agitant dans le cadre de la portière, coiffée d’un fabuleux bonnet à ruches noires et brandissant un parapluie cœur de cendre ; puis, elle descendit du wagon, traînant après elle un cabas en tapisserie entre les deux pattes duquel passait le goulot