Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/25

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décapsulé d’un litre et ce fut, aux bagages, la risée des équipes, débarquant une malle bizarre qui tenait du buffet et du sarcophage, quelque chose de long et d’énorme et aussi d’on ne savait quoi de velu, car lorsqu’on l’examinait de près, l’on constatait que des poils de porc se dressaient sur le couvercle, poussaient en de larges bandes dans les plaques fatiguées du bois.

— Qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? s’écria-t-il avec effroi.

— Mais, mon linge et mes effets, répliqua-t-elle tranquillement.

Et, tandis qu’un peu honteux, il confiait ce ridicule monument aux employés de la gare, elle souffla, puisa dans sa poche un mouchoir grand comme une nappe et quadrillé sur un fond nankin de filets bistre et elle épousseta le crucifix de fer blanc qui ballottait, au bout d’une chaîne, sur son corsage.

— Voulez-vous manger ou boire quelque chose ? Nous avons le temps, proposa Durtal.

— Vous plaisantez ! — et elle avait extrait du cabas un croûton de pain et sorti son litre d’eau, à moitié vide. J’ai mangé et bu en route, en voici la preuve — et, placidement, elle s’était versé le reste de l’eau sur les mains qu’elle secouait à coups de bras, sur le quai, pour les sécher.

— Maintenant, je suis à vous, notre ami, avait-elle dit. — Et Durtal s’en doutait avec un peu d’ennui — l’arrivée au Val des Saints avait été bruyante. Les paysans regardaient, ébahis, sur le pas de leurs portes, cette petite femme, grêle et noire, qui gesticulait et s’arrêtait pour embrasser les enfants, leur demander leurs noms et leur âge et les bénir, en leur dessinant avec le pouce une croix sur le front.